[Franken Fran] Et le Prométhée mangaesque créa sa fille

Note préliminaire : article garanti sans image glauque, gore ou effrayante.

Vous aimez les séries glauques, légèrement humoristique, dans lesquelles une jeune fille portant une paire de boulons à la tête est une mad scientist ? Alors bienvenue dans Franken Fran ! Dérangeante mais fascinante série où la science, les opérations chirurgicales, les manipulations génétiques et le non-respect de l’éthique et de la morale religieuse deviennent dogmes. Vous qui commencez Franken Fran, abandonnez votre foi en l’humanité.

Fran est capable de transformer n’importe qui en n’importe quoi ; ressuciter les morts, remplacer les têtes et les corps ou alors vous donner les yeux que vous avez toujours voulu.
Mais, est-ce que vous les voulez vraiment ? Est-ce une bonne chose de faire revivre les morts ? Est-ce que la fin justifie les moyens ? Et surtout, est-ce que Fran s’en préoccupe… ?

Les couvertures de cette série ont la grande particularité d'être ultra appétissantes :3

Franken Fran est un manga toujours en cours de parution terminé de Katsuhisa Kigitsu. Cette comédie est le manga le plus connu de cet mangaka, qui est d’ailleurs le même auteur que la sympathique et pleine de vie Helen ESP. Cette dernière est notamment l’une des seules exceptions dans ses travaux puisque le monsieur est « spécialisé » dans le genre horreur grotesque. Franken Fran fait partie de cette catégorie et comme dans toutes ses autres œuvres, ce n’est pas forcément l’épouvante peur qui est le plus remarquable, mais c’est surtout la violence graphique réussie qui sert des propos encore plus dérangeants.

Cette série suit les péripéties de Fran Madaraki, l’expérience la plus réussie du plus grand et plus controversé chirurgien scientifique de ce siècle. En effet, celui-ci doit sa renommée en se spécialisant dans les expériences impossibles et dénués de toute éthique morale. À lui seul, la science aurait même été révolutionné s’il daignait informer de ses travaux à la surface du monde. Faire revivre les morts, transplanter plusieurs corps humains en un seul, mélanger être humain et animal ou végétal ? Un simple jeu d’enfant pour lui.
Étant sa « fille » et sa plus grande réussite, Fran a hérité des dons extraordinaires de chirurgien scientifique de son créateur. Elle aussi n’a aucun mal à faire revivre les morts (seulement s’ils sont encore « frais »), à entreprendre des opérations chirurgicales pour tout et n’importe quoi, à disséquer vivant des êtres humains, à effectuer des manipulations mentales et comportementales, à faire du clonage humain ou à expérimenter toute sortes de choses.
Malheureusement, elle a aussi hérité du manque d’éthique et de morale de son créateur. Mais loin de négliger ces aspects, c’est surtout par son incompréhension et sa mauvaise (mais vraiment mauvaise) interprétation du sens commun qui est fautive… à moins que c’est tout simplement son manque d’humanité. Quelque soit la raison de son intervention, cela se terminera pratiquement toujours mal pour les clients/patients malgré les immenses lueurs d’espoir que parsèment le récit ; mais ça, on en parlera davantage après.

Étant toujours en « voyage », le « père » de Fran ne peut correctement s’acquitter de son « emploi ». C’est ainsi que notre prométhée mangaesque le remplace en intervenant à sa place et en accueillant les clients dans son manoir. De par sa renommée chez les élites, elle travaille souvent pour les gouvernements et mafias de plusieurs pays (qu’ils soient amis ou ennemis), parfois même des particuliers ayant suffisamment d’argent. Bien sûr, tous cela demandant très souvent des choses pas très légaux ou très difficilement réalisable. Qu’importe, pour Fran, c’est un travail comme un autre. Elle servira n’importe quel client, peu importe qui, du moment qu’elle est payé. Comme son créateur, c’est une sorte de mercenaire médicale. Ces seules motivations sont la science… et l’argent. Cependant, notre détachable tête blonde n’est pas cupide. Parfois, elle « aide » gratuitement ceux détenant un intérêt scientifique dû à une future expérience. Quand l’occasion se présente, elle est capable d’une grande bonté et elle est souvent émue lorsqu’un futur patient lui raconte son histoire.

Disposant de plusieurs chambres chirurgicales, du nec le plus ultra en matériel scientifique et de plusieurs systèmes de protection (en extérieur comme en intérieur), le manoir de Fran est totalement équipé pour ces genres de pratiques. Mais Fran elle-même est équipé pour son travail. En effet, elle peut se greffer à volonté des bras supplémentaires pour faciliter ses opérations. Sa polyvalence lui permet même de s’opérer elle-même quand la situation l’exige ou simplement de s’enlever la tête par pure envie.
Outre son don naturel, ce qui marque aussi chez elle est tout simplement son corps. Fran a évidemment subi plusieurs chirurgies inhumaines : elle est équipée d’une paire géante de boulons à la Frankenstein et son corps possède des cicatrices et des coutures partout, comme si Fran a (enfin, elle a vraiment) été rafistolé de A à Z. Malgré ça, elle ressemble à première vue à une fille ordinaire.
Côté personnalité, elle est assez distraite mais est facile à vivre… enfin, à un certain point. On a surtout l’impression (est-ce vraiment qu’une impression ?) que notre héroïne ne possède tout simplement pas d’humanité. Celle-ci n’a pas conscience des conséquences de ses actes et, à part quelques occasions, ne possède aucun égard pour la morale humaine. Elle a également un manque évident d’empathie dû à son absence d’humanité, un manque d’éthique et de morale et une très mauvaise incompréhension et interprétation du sens commun.

Loin de vouloir être riche, c’est surtout qu’il faut penser aux installations, aux infrastructures et aux matériels médicales, mais aussi à l’indispensable matière première : les corps humains et leurs organes (!). Cette matière première étant souvent en manque, mais aussi pour tester de nouvelles expériences, Fran n’a alors aucun mal à utiliser des alternatives toutes aussi folles que scientifiquement géniallisimes et moralement ultra discutables. C’est ainsi que le manga est parsemé de trucs vraiment dégueulasses comme des transplantations multiples d’humains (vivants ou morts), des manipulations génétiques effarantes, des difformations physiques effrayantes, des effets secondaires stupéfiants ou des mixtes humain-insecte-animal-whatever terrifiants.

Les âmes sensibles seront certes choquées par cette violence graphique, mais c’est aussi la narration insufflé par le mangaka qui donne cette singulière « peur » dans Franken Fran. Cette enflure de Katsuhisa Kigitsu ADORE dessiner des corps grotesques et vraiment glauque. Ce fils de pute le fait avec envie, avec précision et avec tant de soin qu’il est même aisé d’affirmer qu’il le fait avec passion. Oui, vous aurez effectivement des dessins de corps coupés, des membres et des têtes rafistolés, des gens en blouse blanche et des coups de scalpel bien placés qui se suffisent pour donner l’ambiance, et des difformités et des créatures tout droit sorti d’un film de série B. Cependant, la violence graphique ne donne tout son sel qu’avec cette narration maîtrisé.
En effet, le mangaka sait maintenir le suspens pour dévoiler L’ULTIME CASE qui provoquera le coup d’effroi véritable. Ce qu’il y a de plus « traumatisant », ce ne sont pas les images en eux-mêmes mais la manière dont elle nous arrive en pleine face. Se déroulant souvent de la même manière, chaque chapitre commence calmement et paisiblement pour développer de plus en plus l’histoire jusqu’à se rendre compte qu’il est déjà trop tard. Cette méthode tranquillisante est suffisante pour mieux dépeindre le cercle vicieux et les fins cauchemardesques des personnages de circonstances. Ces histoires commençant par une intervention (volontaire ou involontaire) de Fran, se poursuivant de suite par la réussite et l’espoir réel donné par Fran, où les rêves des clients et patients se transforment au fur et à mesure en réalité cauchemardesque.

Le plus perturbant dans tous ça, c’est que ces rêves, ces espoirs ont quasiment tous une origine positive. L’altruisme, l’amitié, l’amour, la bienveillance, la bonté, la compassion, la fidélité, la gentillesse, la générosité… bref l’humanité dans ce qu’il y a de meilleure en elle devient la clé qui ouvrira la porte de la descente aux enfers. Certes, il y a des histoires où les côtés négatifs de l’être humain est source juste de fins horribles, mais ce qui ressort le plus de la série est cette utilisation du « bien » pour arriver vers le « mal ». Par ce traitement émotionel et visuel, le manga devient vraiment glauque et c’est ce qui fait sa force. « La fin justifie les moyens » est le maitre-expression de cette série, justifiant les demandes des clients ainsi que les pratiques de Fran (celle-ci ne pensant pas au sens péjoratif de l’expression). À sa manière, cette série se fait la réprimande de protagonistes qui, n’acceptant pas d’aller de l’avant par leurs propres moyens, s’attachent les services d’une savante folle qui les fera (involontairement) regretter de leurs démarches. Elle se fait également la satire de thème tout aussi volatile que les super-héros incarné par la grande famille des Kamen Rider. Que l’auteur aime ou déteste le genre, il montra de maintes fois que les initiatives louables comme protéger la veuve et l’orphelin peuvent à tout moment basculer vers la folie et l’ignominie. C’est ainsi qu’il parodie constamment le type de message que peut apporter ce genre de série en transformant, par exemple (et en résumant), le héros combattant le mal en un névrosé atteint de psychose combattant les ONG lorsqu’il a compris des années plus tard que les valeurs justes et morales qu’il défendait avaient le résultat inverse.

La plus grande qualité de Franken Fran est sa manière de traiter des problèmes sociaux et de la vie humaine. Chaque chapitre étant une histoire indépendante, elle permettent à chaque fois d’évoquer un aspect actuel de la société ou de parodier un fait connu et unanimement émouvant (comme par exemple l’histoire de Hachiko). C’est ainsi que nous retrouvons pêle-mêle des thèmes comme le transhumanisme, la religion, l’euthanasie, les sectes (mention spéciale à la parodie de la vierge Marie version pastafarisme), le clonage humain, les êtres génétiquement modifié, le capitalisme médical, la robotique, l’esclavage, les maladies, les pathologies psychologiques (comme les syndromes), le paraître, la sexualité ou l’amour au sens (très) large. En lisant ce manga, ma vision de la normalité et de la société a été fortement chamboulé.
Outre ces dessins vraiment réussi et un réalisme médicale et scientifique recherché, cette manière classique mais diablement efficace de les utiliser peuvent donner de véritables peurs. Autant vous dire que les avoir lu toute la nuit n’a pas été la meilleure des idées pour moi. À part quelques cases stupéfiantes, ce n’est pas une peur de l’instant qui a été le plus dur, mais le fait qu’ils marquent dans le temps. Juste après cette lecture nocturne, il fallait dormir et malheureusement, l’intense angoisse d’avoir un cauchemar à cause de certaines cases s’était emparé de moi. Cette impression a duré carrément une semaine jusqu’à ce que j’oublie peu à peu (ou que je m’y habitue plutôt). Oui j’ai une âme sensible, mais le caractère dérangeant et gore est suffisamment conséquent pour éveiller des réactions aux âmes moins sensible.

Enfin, il est certain que cette série macabrement humoristique fascine, malgré qu’elle révulse au point de ne plus jamais vouloir lire un chapitre. Plus que l’héroïne au chara-design attrayant et à son charisme, c’est aussi ce traitement curieusement « allégé » de thème parfois grave et difficile qui font de ce manga une série de qualité.

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12 commentaires pour [Franken Fran] Et le Prométhée mangaesque créa sa fille

  1. Yokathaking dit :

    Très bon article pour un manga tout aussi bon.
    Personnellement, j’aurais plus utilisé « L’enfer est pavé de bonnes intentions » pour décrire le manga vu, presque systématiquement, Fran veut bien faire et se retrouver à créer des monstres que même un psychopathe n’arriverait jamais à imaginer dans ses rêves les plus fous. Ce qui fait de Franken Fran un manga très souvent dérangeant parce qu’il nous renvoie en pleine face nos propres folies, celle qu’on préférerait justement ne pas voir.

  2. Amo dit :

    J’avais lu dix chapitres, je m’étais suis ensuite passé le cerveau au détergent ! Enfin je suis content ça m’a fait tout oublié et… AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH. * se souvient soudainement de tout *

  3. ado dit :

    Une autre motivation de Fran est la conservation de la vie par tous les moyens, certains chapitres où elle ne veut pas éliminer une de ses « opérations » en sont la preuve.

    Il aurait été interessant aussi de parler de ses soeurs qui sont aussi des cas et de la série des super héro qui est une critique sur la notion meme de héro et de la définition de justice

  4. Gemini dit :

    Une sorte de Black Jack glauque au féminin, quoi. Tout cela m’a l’air assez fascinant, j’ai très envie de tenter :]

  5. Ping : Franken Fran | MAZ

  6. QCTX dit :

    Je reste surpris de ne voir aucun commentaire de Grimm ici. Lui qui apprécie ses conquêtes endommagées, voici une oeuvre qui devrait forcement l’intéresser…

  7. Mackie dit :

    J’hésite… dois-je le lire, ou non?

  8. Nautawi dit :

    Mackie > Hum… si tu as une âme sensible : non, tu ne passeras pas la dizaine de premiers chapitres qui sont les plus hardcore. Si tu es au niveau intermédiaire : tu n’as pas encore lu Black Jack, tu es curieux, tu aimes les histoires intéressantes et l’héroïne te fascine, pourquoi pas o/ Le jeu en vaut suffisamment la chandelle.
    Personnellement, j’ai lu 56 chapitres d’une traite. Honnêtement je ne les regrette pas, mais je n’en lirai clairement plus jamais. Je n’ai aucune envie de me remémorer certaines cases :o

  9. Ping : [Helen ESP] Always look on the bright side of life | God only knows

  10. Sirius dit :

    Avec ses réflexions en filigrane autour de la science et de l’éthique mais surtout son parti pris pour les chutes gores, Franken Fran offrait des récits intéressants l’espace de quelques chapitres. Mais après l’arrivée de Veronica, ce n’est plus que pompeuses histoires quasiment édulcorée que l’auteur nous sert, n’arrivant plus qu’à livrer des récits grotesque sans queue ni tête. Dommage, la personnalité de Fran arrivait à rafraichir l’image qu’on se fait du scientifique fou. A oublier pour moi, et rien à voir avec Back Jack.

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