[Usamaru Furuya] De l’avant-gardisme grand public

Note préliminaire : ceci n’est que la première partie des trois articles.

Usamaru Furuya est un mangaka atypique et un (ex- ?) représentant de la mouvance avant-gardiste japonaise ; il en est même l’un des plus célèbres pour le « grand public » avec notamment Shintaro Kago. Mais contrairement à la plupart des artistes alternatifs, Furuya arrive à s’en démarquer puisque ces oeuvres sont relativement plus user-friendly.

Il est étiqueté à ce mouvement puisqu’il a été découvert en 1994, via la fameuse revue avant-gardiste et underground Garo pour sa première oeuvre qu’est Palepoli, un bon et presque 4-koma très particulier — d’ailleurs bientôt publié en France à l’heure où j’écris. En effet, ce dernier a été dessiné intégralement par lui et surtout sans connaître la moindre règle de narration classique des 4-koma. Qui plus est, l’humour et sa maîtrise des registres graphiques sur Palepoli — toujours sans avoir un iota d’information d’un 4-koma standard — lui a permis de se faire publier par des éditeurs plus « classique », et donc de se faire plus rapidement connaître d’un plus grand public. D’ailleurs, il est à noter que son appartenance à la mouvance avant-gardisme s’efface peu à peu au fil des années, jusqu’à se demander s’il en est vraiment un.
Enfin, son parcours pour devenir mangaka a été des plus sinueux. Loin d’un Tamiki Wakaki qui en a carrément chié contre le système malgré ses talents reconnus, Furuya Usamaru a surtout « divagué ». Étudiant aux Beaux-Arts, il abandonne la peinture à l’huile pour la sculpture et les figures en trois dimensions, puis change encore pour se mettre au Butō et à l’expression corporelle, il bosse ensuite en tant que prof d’art et fait enfin ses débuts de mangaka dans Garo. Ce sinueux parcours artistique traduit tout simplement l’étendue de son côté touche-à-tout.

Loin de vouloir faire une liste exhaustive des oeuvres et des genres que pratique Usamaru Furuya, cet article introductif et ses suites n’ont pour but que d’esquisser le talent du mangaka à raconter une histoire et à jouer avec les registres graphiques. En effet, je ne peux me targuer d’avoir lu toutes ces oeuvres. C’est ainsi que je ne parlerai pas, par exemple, des Hikari Club, du Cercle du suicide ou de Je ne suis pas un homme. Étant donné le talent de l’artiste, je n’ai aucune envie de ressentir une telle puissance émotionnelle sur des oeuvres aussi adulte, sérieuse, malsaine et psychologiquement dure ; ce qui est la tendance actuelle de ses productions.
Certes, il est bien possible que j’exagère et me fasse des idées sur ces séries — je vous l’ai dit : je ne les ai pas lu —, mais je préfère ne pas tenter l’expérience. De même que les impressions des autres me suffisent à ne pas tester et que les oeuvres de ce genre ne sont pas ma tasse de thé.
Par contre, je me suis laissé tenter par ses séries comiques, contemplatives et philosophiques telles que Palepoli, Short Cuts ou La Musique de Marie. Qui plus est, Genkaku Picasso et Tokyo Magnitude 8.0 sont les prochaines lectures sur ma liste. J’ajouterai aussi avoir bifurqué de ma ligne de conduite évoqué avec la lecture de quelques one-shot comme L’âge de déraison, pour jauger le mangaka dans une oeuvre adulte mais psychologiquement moins dure.

Je l’ai déjà dit dans la note préliminaire, mais cet article n’est en fait qu’une introduction. En effet, j’ai préféré séparé la suite pour gonfler mes stats et les recherches Google éviter un article à rallonge et pour que les éventuels commentaires soient distinctement liés à telle série en particulier.
Sur ce, je vous invite à lire la suite (à moins que je n’ayez déjà cliqué sur les liens de la note) :
[Usamaru Furuya] Short Cuts
[Usamaru Furuya] La Musique de Marie
[Usamaru Furuya] Genkaku Picasso

Pour finir, Usamaru Furuya est certes un mangaka capable d’oeuvre adulte, malsaine, drôle ou incisive, mais c’est aussi un artiste touche-à-tout capable de s’adapter et de dessiner des oeuvres légères. En témoigne son parcours atypique avant d’être mangaka, mais également au regard de ses titres aussi puissantes émotionnellement que vraiment malsaine et juste, en passant aussi par des oeuvres à la poésie douce et amère jusqu’à des mangas où π est le rapport entre la circonférence d’un sein et son diamètre.

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5 commentaires pour [Usamaru Furuya] De l’avant-gardisme grand public

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  2. Ping : [Usamaru Furuya] La Musique de Marie | God only knows

  3. mackie dit :

    Ce qui est tout de même déroutant, avec Furuya, c’est l’étendue et la variété de ses styles graphiques et narratifs. Une sorte de grand écart. Je viens, comme toi, d’aborder son oeuvre, mais avec Le cercle du suicide (dont je reparlerai prochainement) et Tokyo Magnitude 8. Seul le nom du mangaka rapprochent ces deux titres. J’ai constaté une évolution énorme dans le trait, dans le ton, et même dans le discours.
    Le premier est un manga d’auteur, destiné à un public réduit, adulte et amateur de récits décalés, très critiques de la société japonaise (il aborde en même temps : le suicide, la pédophilie, le prostitution des lycéennes…). Il n’y a quasiment aucun décor. Et absolument aucun tramage. Le trait est nu, étrange, grinçant, un peu raide et tremblant même, mais cela sert le récit plutôt que ça le gêne. Comme si un tel récit ne pouvait être raconté que de cette manière : avec une sorte de lumière crue projetée dessus.
    Le second prend la forme d’un seinen sociétal grand public, avec des grands et beaux discours sur la solidarité humaine, le cliché du jeune homme qui dit à la fille « je te protègerai », etc. C’est dessiné comme on dessine aujourd’hui lorsque l’on a des assistants, avec des décors fouillés, des trames et des hachures, des filles kawai (les filles du cercle du suicide ne sont PAS kawai du tout), et s’il n’y avait pas des allusions critiques bien senties sur la culture pop et otaku, on pourrait en conclure que l’auteur a été digéré par l’industrie du manga. Ce me semble un bon manga, bien fait, mais est-ce encore une oeuvre personnelle?
    Bon, ce ne sont, comme toi, que des impressions, et je n’ai encore rien lu d’autre de l’auteur. Mais le raccourci me semblait assez frappant.

  4. Nautawi dit :

    Mackie > (Désolé pour le retard)

    Au lieu d’être digéré par l’industrie, j’aurais plutôt conclu que Tokyo Magnitude 8.0 est une des exceptions dans les dernières oeuvres de Furuya : tandis qu’il est connu pour bien décrire et enfoncer encore plus les valeurs humaines, il peut tout aussi bien changer son discours et son trait de dessin afin élargir le public potentiel pour mieux répandre et dépeindre une population japonaise devenue fragmentée et superficielle (un de ses thèmes-fleuve).
    Pour mieux te donner mon avis, prenons par exemple π : je ne l’ai pas précisé dans l’article pour avoir une meilleure fin, mais le manga π raconte aussi l’histoire d’un type se prenant pour un super-héros, obsédé par les poitrines des femmes, et sauvant les lycéennes des attouchements sexuels et de la prostitution. Cette série est clairement humoristique avec plein de fanservice, mais Furuya se sert justement de ça pour parler d’enjo kōsai (et d’autres choses).

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