[Usamaru Furuya] La Musique de Marie

Note préliminaire : ceci n’est que la dernière partie des trois articles.

La Musique de Marie est un manga en deux volumes et publié en France par l’éditeur Casterman via sa collection Sakka. La traduction française n’est certes pas irréprochable à cause de quelques erreurs d’écriture, mais sa qualité d’impression et ses grandes dimensions (15 x 21 x 1,7cm) en font une édition de qualité.
Cette courte série fait assurément partie des oeuvres les plus user-friendly du mangaka puisqu’en seulement deux tomes, il arrive à créer un monde fascinant et étonnamment riche où la religion, l’amour et le destin de l’homme sont traités avec délicatesse.

Ce monde nous est présenté via l’histoire de Kaï, un jeune adolescent vivant dans un monde de paix et d’harmonie, à la technologie peu avancée. Habitué à la présence de Marie, déesse mécanique symbole de ce monde apaisé, il perçoit depuis peu la musique qui émane d’elle. Troublé par le souvenir de la noyade à laquelle il a échappé enfant, il sent que quelque chose lui échappe à commence où par sa propre existence. Il découvre l’incroyable vérité sur le rôle capital que joue la musique de Marie dans le bien-être et la paix du monde.

Ce qui marque tout d’abord la lecture de La Musique de Marie, c’est son univers envoûtant. Dans ce monde d’harmonie et de paix, les protagonistes vivent dans un environnement où l’architecture ainsi que les us et coutumes donne un côté très exotique à l’oeuvre. Le simple visuel de cette série donne une vraie sensation de dépaysement grâce à une multitude de détail tel qu’un équilibre architectural alternant entre côté mécanique et caverneux, des coutumes et une véritable culture développé en seulement deux tomes.
Tout cet univers est superbement bien dessiné avec un trait fin et clair du mangaka, faisant ainsi ressortir avec netteté le décor et les rouages des machines. Les quelques belles pages en couleurs participent d’ailleurs à cette « ambiance » atypique avec une utilisation réussie de la gouache (si je ne me gourre pas).

Cet aspect rêverie fantastique se transforme peu à peu en conte philosophique avec, au fur et à mesure de la courte série, les révélations de Kaï sur son destin.
En effet, l’auteur nous présente un monde où la religion et la science sont en harmonie. Dans notre cas, la science désigne les découvertes et inventions (mécaniques) puisque la civilisation est techniquement peu développé. L’île où vivent les principaux protagonistes est un endroit « spécialisé » dans les constructions mécaniques de toutes sortes (automates, prothèses, appareils photos, instruments de musique, etc…) où même les prêtres peuvent être des chercheurs et inventeurs. Les cérémonies religieuses se font avec des machines et notons tout de même que la déesse et les apôtres dans ce monde sont… représentés par des machines !
D’autre part, la religion est elle-même en harmonie avec… les autres courants de religion ! Même si Marie reste la déesse majeure des autres peuples, il existe autant d’interprétation de la religion que de rites différents. Tandis que d’autres prient de manière « classique » (i.e. celle que la connaît), d’autres peuples font une sieste collective, chantent ou dansent pour prier. Dans un chapitre en particulier (celle du pélerinage de même importance que La Mecque), nous pouvons remarquer que cette différence n’exclue en rien les peuples. Qu’importe la diversité des courants de religion, de région, de langue ou de race, La Musique de Marie nous conte un rêve où les gens vivent dans une harmonie quasi-poétique.
Enfin, l’existence de Kaï participe à ce conte philosophique où son simple fait de vivre encore, sa particularité à être le seul à entendre la musique de Marie et sa relation plus que douteuse pour la déesse soulève des questions (tant chez lui que chez le lecteur).

Pour finir, La Musique de Marie c’est aussi une histoire intéressante, des personnages principaux attachants et une fin très surprenante. Le lecteur suit les interrogations de Kaï, l’histoire nous conte ainsi le pourquoi du comment de ce monde trop beau pour être vrai et sur le destin de notre héros, mais aussi de l’Homme (notamment dans le second tome). On s’attache plus particulièrement à Phiphi, amie et amoureuse de Kaï, dont on va suivre avec eux l’histoire et cette fascinante société. Celle-ci est belle, énergique et pleine de vie, son amour est éblouissant et cela se remarque encore plus spécialement après l’incroyable fin (dont je n’en parlerai pas).
La Musique de Marie est donc une superbe oeuvre qui mérite d’être encore mieux connu. Ces qualités graphiques, cet univers riche et formidable ainsi que le ton délicat des thèmes qu’il aborde en font une série fascinante et magistrale.

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3 commentaires pour [Usamaru Furuya] La Musique de Marie

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