[Usamaru Furuya] Genkaku Picasso

Note préliminaire : cet article est bien sûr à rattacher au cycle Usamaru Furuya.

Genkaku Picasso est un manga en trois tomes d’Usamaru Furuya. Là où le mangaka a l’habitude de s’adresser à un public averti ou restreint, Genkaku Picasso est très clairement un shōnen de base à la sauce Furuya. Contrairement à d’habitude, l’auteur s’impose lui-même des exigences propres aux magazines de ce type : prépublié dans le Jump Square, les chapitres sont donc publiés mensuellement (soit à un rythme industriel) et l’existence d’une série se mesure à sa popularité.
Cependant, le mangaka arrive à conserver sa patte graphique particulière, son désir de dépeindre les difficultés de l’adolescence et même à réutiliser à sa façon les codes narratifs des shōnen.

Genkaku Picasso, c’est l’histoire de Hikari Hiruma, un élève pas du tout comme les autres. Insociable, l’admirateur de Léonard de Vinci mais le surnommé Picasso (Hikari/ヒカリ -> Hikaro/ヒカソ soit dessin -> Picasso) passe son temps et son énergie à dessiner. Comme d’habitude après les cours, il dessine au bord de l’eau en compagnie de Chiaki, sa seule amie, qui s’incruste toujours malgré lui. Comme tous les autres jours, Picasso est complètement dans son monde à dessiner tandis que Chiaki s’adonne à la lecture des livres de psychanalyse (de Freud, de Fritz Perls ou de Jung).
Mais c’est la dernière fois qu’ils vont être dans cette situation : Picasso et Chiaki sont victimes d’un accident à cet endroit. Tandis que Picasso en réchappe miraculeusement, Chiaki en meurt.
Contre toute attente, elle réapparait sous la forme d’un ange miniature dont Picasso est le seul à la voir. Au moment de l’accident, elle supplia le ciel d’épargner Picasso car son talent artistique est beaucoup trop important pour finir ainsi. Elle lui explique que désormais, pour continuer à vivre, il doit accomplir une mission : il doit aider son prochain. Pour cela, l’insociable Picasso s’est vu attribuer un pouvoir : celui de pénétrer la psyché des autres.

Genkaku Picasso est une oeuvre non seulement atypique en lui-même, mais aussi pour le mangaka. Pourtant, dans la forme, peu de chose le distingue de la plupart des autres shōnen.
La situation de départ est totalement classique : elle reprend élément pour élément les shōnen de base en milieu scolaire. L’histoire se passe dans un lycée banal où les élèves le sont également, le héros est physiquement insignifiant (petit, maigre, chétif, antipathique, asocial et légèrement otaku) et entièrement dévoué à son talent et à sa passion, tandis que Chiaki est la seule personne qui daigne lui parler (sans se moquer de lui). D’autres éléments classiques comme les « ennemis d’hier devenant les amis d’aujourd’hui » ou l’obligation d’aider les autres (ici, sous peine de voir son corps pourrir) sont trouvables assez facilement.

Mélangeant avec ses particularités propres, Usamaru Furuya s’approprie ces principes de base en représentant (comme à son habitude) les difficultés de l’adolescence telles que les relations parents-enfants, le désir de vivre, la sexualité, le poids du regard des autres, le désenchantement des rêves d’enfants ou la fin des modèles de personnalité (on avait tous une personne qu’on admirait).
Là où il se démarque des autres mangaka, c’est sa façon atypique de parler de ces difficultés. Dans Short Cuts, il utilise l’humour absurde et le changement des « points de vue » (un banchō en cage pour parler des animaux en voie de disparition parqué dans les zoo) ; dans la série π, c’est un type se prenant pour un super-héros et sauvant les lycéennes des attouchements sexuels et de la prostitution (enjo kōsai) ; ou dans L’âge de déraison, ce sont tous les personnages (exemple : le renfermé/loser de la classe justifiant sa vie par la hiérarchie sociale des fourmis – oui je sais, mais je refuse de chercher mieux et de me prendre des photos de fourmis dans la face –).

Dans Genkaku Picasso, ce sont les fascinants crayonnés (ci-dessus) que fait le mangaka/Hikari durant ses phases de transes. Survenant à chaque fois qu’il repère un élève entouré d’une aura particulière, Hikari se met à dessiner frénétiquement avec son carnet à croquis et son crayon 2B toujours à portée de main. Telle une séance de psychanalyse « à la Freud », Hikari et Chiaki doivent déchiffrer le dessin et ses subtils détails afin de comprendre la source des problèmes de ses « patients ».
Montrant toujours des éléments incompréhensibles, le dessin symbolise l’origine des maux les plus enfouis du patient. S’engouffrant même littéralement dans la psyché de la personne visée (ci-dessous), nos psychanalystes en herbe se doivent de comprendre pour l’aider. Étant directement dans la psyché du malade, Hikari et Chiaki sont témoins des changements dans l’inconscience du malade à mesure que la situation extérieure change : tandis que l’esprit de Hikari se trouvent à l’intérieur de l’esprit d’un autre, son corps est inerte et le temps passe naturellement. Une fois compris l’origine du problème, ils aident le malade en parlementant avec lui, car comme tout problème psychologique, seul le malade est en mesure de se soigner (un psychanalyste ne fait que l’aider à se soigner).

Ironiquement, Genkaku Picasso est l’oeuvre la plus personnelle de Furuya, dans le sens où Hikari et les problèmes qu’il rencontre et résout sont une copie presque conforme de l’auteur et de ses expériences dans sa jeunesse.
La série n’est pas exempt d’une certaine répétitivité avec ses (longs) chapitres épisodiques, mais c’est surtout une impression de rapidité qui est son point faible : la plupart des maux sont traités en un seul chapitre (qui fait le double de taille d’un chapitre standard). Cependant, l’évolution aussi positif (au niveau social) que négatif mais humoristique (les élèves le prennent de plus en plus pour un type bizarre/malade/pervers/stalker/autre) de Hikari est un bon point facilement remarquable. Le manga ne fait certes que trois tomes et il n’y a « que 10 patients traités », mais au vu de la fin réussie, en faire plus aurait été de trop.
Une dernière chose : cette série est sortie en France via les éditions Tonkam. L’adaptation et la traduction française est globalement de qualité, mais comme souvent avec les oeuvres grand public de Furuya, elles ne sont pas facilement trouvable dans le commerce.

Clairement pensé pour un public plus user-friendly, Genkaku Picasso est une série un peu courte et rapide mais au concept original, au scénario cohérent du début à la fin et à l’univers visuel riche et magnifiquement travaillé.

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Un commentaire pour [Usamaru Furuya] Genkaku Picasso

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