[Nichijō] La virée hongroise de Kyoto Animation

Note préliminaire : cet article fait partie de la série « wtf ils jettent des lingots d’or par les fenêtres ».

Il n’est pas si courant de voir les coulisses de l’OST d’une série d’animation. Parfois, c’est simplement via un petit clip ou reportage, montrant plus globalement le processus de création/production, qu’on a l’occasion de voir les séances d’enregistrement. Bien sûr, il faudrait déjà qu’il y ait des enregistrements pour l’OST — ça m’étonnerait guère que bon nombre de compositeurs travaillent dans leurs coins et donc sans orchestre.
Pour Nichijō, il y a une volonté claire de montrer le chemin parcouru pour une bonne musique — mais sans trop montrer non plus hein. Et ce chemin a été long : de l’ordre de 17 000 kilomètres aller-retour.

Pour les deux du fond, Nichijō est un anime comique produit en 2011 par le studio Kyoto Animation. Réputé pour ses épisodes animés directement par la main de dieu et son four commercial intersidéral, Nichijō nous fait suivre le quotidien absurde et délirant d’une pléthore de personnages tout aussi absurde et délirant.
Mais pour cet article, je ne vais pas parler de la série en elle-même, mais plus de la préparation et du budget alloué à la série.



Les volumes Blu-ray de la série sont composés de divers bonus vidéo ; comme de petits clips sur les enregistrements musicaux, les séances photo du staff pour les décors et les trips touristiques de certains animateurs et seiyūs à travers le Japon. C’est sur ces clips réalisés par le studio que se basent cet article. C’est donc ainsi que nous allons voir de quelle façon ils ont profité du gros budget alloué pour s’offrir des vacances au frais de la princesse, et accessoirement d’excellents orchestres — ou l’inverse, ‘sais plus.


Tout commence par un atterrissage dans un aéroport au mois de janvier 2011. Les vétérans compositeur Yūji Nomi et le producteur musical Shigeru Saitō viennent d’atterrir à Budapest, en Hongrie. Un responsable et interprète hongrois les récupère et les emmène au studio d’enregistrement. Bien sûr, la séquence de repos à l’hôtel a été coupé – on les voit mal commencer à travailler après plus d’une dizaine heures d’avion dans les jambes et avec des bagages aussi lourds que des sacs de riz.

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Bien qu’ils sont venus pour le boulot, ils profitent naturellement du trajet en voiture pour faire discrétos les touristes. La voiture passe d’ailleurs sur le pont Szabadság híd où l’on peut voir l’hôtel Gellért, un célèbre quatre étoiles. J’aurais aimé vous rassurer en disant qu’ils ne séjournent pas dans cet hôtel, mais non : ils passent vraiment leurs nuits dans un quatre étoiles.

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Arrivé dans la salle d’enregistrement, ils testent le matériel et se préparent en attendant les musiciens. À droite, ce sont les partitions réservées aux différents musiciens hongrois.
La salle est d’ailleurs très grande et ouverte. Seules quelques cloisons de petites tailles séparent les instruments à cordes et les cuivres des percussions.

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L’écran sur la dernière rangée de photo se trouve juste devant le compositeur-chef d’orchestre. Il montre les séquences animées des scènes auxquels la musique de Yūji Nomi doit se baser. À ce point-là, il est « presque » étonnant que le studio ait déjà des séquences animées de cette qualité. « Presque », puisque KyoAni est non seulement réputé pour animer comme des dieux, mais aussi pour la qualité de leur planning. Les séquences n’ont pas été colorisé, mais l’essentiel de l’animation(-clé) est déjà là.
C’est durant les séquences en salle de montage qu’on se rend compte que les ingénieurs du son ont aussi fait le voyage. À ce moment, l’effectif de KyoAni est approximativement de quatre dans le pays – soit quatre billets d’avions aller-retour et probablement deux chambres d’hôtels.

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En haut à gauche, outre s’être trompé en disant « animation film » au lieu de « animation series », Yūji Nomi explique dans un anglais plutôt cool la raison de ces enregistrements et diverses indications et habitudes à prendre pour une bonne séance. Pour l’anecdote, l’interprète pour l’enregistrement est différent du responsable qui a accueilli les japonais à l’aéroport : il ne connaît pas le jargon musical.
En bas à gauche, c’est le nombre d’instruments nécessaire pour chaque morceau. Le bâtiment à droite, c’est juste le producteur Shigeru Saitō qui a commencé à s’ennuyer et s’est promené dans les environs. À part filmer les séances, il n’a pas grand chose à faire.

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Puis les voilà de retour au Japon. Encore dans une salle d’enregistrement, nos compères sont cette fois accompagnés d’Atsushi Itō et de Taichi Ishidate, respectivement producteur et assistant réalisateur de Nichijō. Ils ne font qu’assister et n’interviennent jamais durant les séances. Ils commentent dans leurs coins, scrutent parfois leurs smartphones et écrivent de petites notes sur de vulgaires post-it. En haut à gauche, c’est le même type de liste des instruments nécessaire à l’enregistrement d’une musique. Et pour ceux qui ont le souci du détail, le compositeur utilise cette fois-ci un crayon, tandis qu’à Budapest il utilisait une baguette de chef d’orchestre pour coordonner le groupe.

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Le nombre de musiciens et le matériel sont grosso modo les mêmes, mais la salle est bien moins impressionnante. La grande différence se trouvent être les instruments : il y a davantage d’instruments à vent, alors qu’à Budapest, c’était les instruments à cordes qui dominaient.


Les bonus vidéo dédiés à la musique de Nichijō sont au nombre de treize, et d’une durée de trois à cinq minutes chacun. Contrairement à ce que laisse penser l’article et le nombre de screens, les dix premiers clips couvrent spécialement Budapest. Les trois restant concernent uniquement les séances au Japon. En terme d’importance numérique, j’ignore le pourcentage utilisé des interprétations de l’orchestre hongrois par rapport aux japonais, mais les reportages bonus montrent clairement que les morceaux épiques et survoltés étaient l’oeuvre des hongrois, tandis que la part des japonais se limitaient aux musiques calmes et d’ambiance.
Le nombre de morceaux utilisés dans la série est aussi impressionnante que les moyens engagés pour l’OST et les chansons : il existe 100 musiques différentes, 23 characters songs pour 13 personnages, 2 openings avec 6 variations différentes et enfin 8 endings dont 3 variations. Déjà que Hyadain prend du LSD dans ces clips, on le retrouve même en train de faire un karaoké de sa propre chanson, c’est dire la folie furieuse.

J’ignore totalement combien coûte une telle production musicale, ni même une production musicale habituelle pour un anime, mais il est certain que le budget a été très conséquent. Pouvoir offrir un voyage de 17 000 kilomètres aller-retour à une équipe de quatre personnes minimum et des traducteurs, demander une salle d’enregistrement et une trentaine de musiciens pendant plusieurs jours, puis revenir et refaire de même dans son propre pays pour 100 pistes musicales et une série qui ne fait « seulement » que 26 épisodes, clair qu’on voit pas tous les ans de tels efforts pour un anime.
En regardant ces clips vidéo et l’énorme masse de travail accompli, j’ai toujours eu une seule et même impression : Nichijō est une production AAA sur quasiment toute la ligne, mais aussi un immense gâchis avec son chiffre d’affaire frisant le CCC.

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8 commentaires pour [Nichijō] La virée hongroise de Kyoto Animation

  1. Kabu dit :

    Si tu veux mon avis ce n’est pas le voyage de 4 personnes qui pèse vraiment lourd dans le budget global d’une production de ce type.
    Par contre, se payer les service d’un orchestre hongrois réputé est d’un autre calibre. Mais on ne sait pas vraiment ce qu’il en est puisque tu n’indiques pas de quel orchestre il s’agit. Si tel n’est pas le cas alors oui, on peut vraiment ce demander ce que Nomi et ses potes sont allés faire là bas, si ce n’est prendre du bon temps. Si c’est pour faire jouer un orchestre lambda le japon a largement tout ce qu’il leur fallait.

    L’histoire de cet anime reste quand même assez atypique quel que soit l’angle sous lequel on l’aborde (ici la bande son). Ce truc avait un budjet colossal et les différents acteurs de la production avait visiblement toute latitude pour faire ce qu’ils voulaient. Genre animer des plans fixes de 30 secondes avec des détails hallucinants, exploser le budget seiyuu en invitant un VIP par épisode, rentrer dans des délires sakugaesques complètements déments…
    Bref, c’était indécent, et Kadokawa pensait que ce simple fait suffirait à en vendre des camions sous 6 éditions différentes toutes à des prix prohibitifs. Sauf que le marché n’a pas suivi. La faute au marasme post 11/03, un mauvais ciblage du public en n’étant « pas assez moe » ou les otaques ont-ils simplement ouvert les yeux et vu qu’on les saignait à blanc ? On ne le saura peut-être jamais…

  2. Tinky dit :

    Un jour j’ose espérer que ce chef d’oeuvre de l’animation sera reconnu à sa juste valeur, parce que c’est clairement et objectivement le meilleur anime de Kyoto Animation depuis Haruhi.

  3. Gyabo dit :

    « exploser le budget seiyuu en invitant un VIP par épisode »

    Les seiyuus qui ont les rôles principaux ne sont pas vraiment connus (raison partielle du flop, d’ailleurs), donc je doute que le budget ait vraiment été explosé.

    « un mauvais ciblage du public en n’étant « pas assez moe » »
    A mon avis, c’est bien le facteur décisif. L’humour a très bien pris chez les japonais du grand public qui y ont jeté un oeil, mais ce n’est pas ça qui va faire vendre des BD…dommage.

  4. Kabu dit :

    Si tel est le cas ça prouve bien dans quelle impasse se trouve le marché de la vidéo au Japon. Voir ce qui est « très objectivement » (je ne sais pas si le terme convient mais je ne peux que manifester ma totale approbation) la seconde meilleure série de KyoAni prendre l’eau simplement parce qu’on n’a pas mis assez de sucre ni assez de voix connues dessus ça fait peine.
    Fut un temps j’ai espéré que cela leur servirait de leçon et qu’ils arrêteraient de s’enfermer dans le cercle restreint des moe-otaku pour faire quelque chose de plus large et de plus grand, susceptible de toucher plus de monde. Mais bien au contraire, cela a eu l’effet inverse. Ils se replient encore plus sur eux-mêmes en adaptant les LN qu’ils ont eux même publiés.

  5. Nautawi dit :

    (Woh, j’avais un peu oublié que ça postait des commentaires ici.)

    Pour répondre à Kabu, il n’y a aucune mention du nom de l’orchestre, de sa probable renommée, expérience ou talent (et mes recherches se sont révélées décevantes). Il n’y a même pas de volonté d’expliquer pourquoi venir dans ce pays ou montrer l’awesomeness de la chose. Ils sont allés là-bas limite parce qu’il fallait bien aller quelque part, et c’est vraiment l’impression qu’ils donnent.
    Les petits reportages en Hongrie montrent un truc certes pro et bien réfléchi, mais dans une ambiance un peu sympa sans trop se casser la tête.

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