[Qualia the Purple] Comment transcender toutes les lois de la physique quantique et de la narration à partir d’un yuri random

Note préliminaire : Qualia the Purple, c’est la preuve qu’on peut (légèrement) spoiler un manga pour donner pleinement envie de le lire.

Qualia the Purple, c’est la preuve qu’il existe une œuvre capable de transcender toutes les lois de la narration. Ces même lois qui régissent les œuvres en leur imposant un récit clair et cohérent, avec un thème prédéfini servant à développer une intrigue autour de péripéties plus ou moins en lien avec l’histoire.
Qualia the Purple, c’est la preuve que ces lois, c’est finalement du bullshit.
Qualia the Purple, c’est la preuve que toutes les œuvres du monde n’arriveront jamais à atteindre un tel degré d’excellence dans le développement de l’intrigue et des personnages.
Qualia the Purple, c’est ni plus ni moins l’apothéose de tout récit intelligent.

qualia the purple 1

Avant d’être le chef d’œuvre parmi les autres, Qualia the Purple (Murasakiiro no Qualia en VO) est un light novel de Hisamitsu Ueo et illustré par Shirō Tsunashima. Sorti en juillet 2009, le light novel est un one-shot qui a donné naissance à une adaptation en manga de 3 tomes par le même duo et publié entre 2011 et 2013. C’est de cette adaptation dont je vais vous parler.

C’est l’histoire de Gaku Hatō, une lycéenne comme les autres, et de Yukari Marī, une lycéenne pas comme les autres. En effet, elle a les yeux violets.
Non seulement ses yeux ont d’étranges couleurs, mais Yukari a aussi une étrange façon de voir le monde : à ses yeux (erm), tous les êtres vivants sont des robots. D’après elle, le monde est rempli de robot et chaque personne est une mécanique bien huilée où les maladies et incidents physiques s’expliquent par des boulons et des écrous défectueux qu’elle perçoit.
Gaku pense qu’elle est juste bizarre, quand d’autres pensent qu’elle est tout simplement folle. Mais Gaku réalise rapidement que Yukari n’est pas si folle que ça : ses yeux violets « transforment » sa vision de tout ce qui est organique en mécanique. Elle est capable de réparer n’importe quoi et même n’importe qui ! Elle peut soigner un bras cassé comme on répare un personnage de Lego, et la police fait même appel à elle pour certaines affaires. Enfin, Gaku découvre que Yukari n’est finalement pas la seule à avoir d’étranges pouvoirs.

qualia the purple 2

Et vous savez quoi ? Ce synopsis, on s’en branle.
Parce qu’après 4 chapitres où les protagonistes enchaînent les scènes de romance yuri (souvent légère) entre elles, on passe au plat de résistance : les enlèvements, les meurtres, les tueurs psychopathes en série, les organisations secrètes, les armées de gunplas, les corps démembrés, les effusions de sang, la folie, la psychose, la dépression, la physique quantique, les wall of text d’explications scientifiques sérieuses qui durent 10 pages de suite, les sauts temporelles, les univers parallèles, les manipulations over the top de la réalité et autres théories métaphysiques complètement pété.

Qualia the Purple, c’est un chef d’œuvre d’escroquerie. D’un yuri sympathique, on passe brusquement aux théories du chaos. Yukari meurt tué par une société secrète qui veut son pouvoir, et Gaku fera tout pour la sauver. TOUT, à tel point que ce n’est plus de l’amour yuri standard, mais une obsession inhumaine. Gaku découvrira qu’elle peut communiquer à son moi d’une autre dimension, puis à un autre moi et enfin à des milliers de moi. Et ces milliers de Gaku, ensemble, tenteront de sauver Yukari. Grâce à ces milliers de moi, elle dispose de milliers d’occasions et d’essais pour sauver Yukari : les univers parallèles.

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Qualia the Purple, c’est un chef d’œuvre de délire jusqu’au-boutisme. D’un yuri sympathique, on passe au combat éternel et extraordinaire d’une lycéenne seule contre une organisation scientifique secrète et surpuissante, seule contre le destin et la mort, seule contre les lois de la physique et du temps, seule contre le déterminisme de l’univers et des mondes parallèles. Seule. Seule… et avec ses infinités de moi d’univers parallèles. Seule face aux milliers de situations et d’essais de sauvetages raté et recommencé une infinité de fois via d’autres univers parallèles.
Toujours plus haut, toujours plus fort, toujours plus profond, toujours plus complexe, toujours plus badass, toujours plus extrêmes, et toujours plus déconnés sont les tentatives de sauver Yukari. Gaku n’est même plus un personnage, mais un amalgame infini de plusieurs personnages multipliée par le nombre tout aussi infini d’univers parallèles. L’histoire et le thème n’ont vraiment plus rien à voir avec le synopsis, ça fait longtemps qu’on les a oublié. Oui longtemps, ou presque, puisqu’il n’a fallu qu’un seul tome pour passer d’une romance yuri lycéenne normale à l’explication et modification des théories métaphysiques et à l’accumulation d’expérience de milliers d’essais de sauvetage pour simplement sauver une fille.

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Et vous savez quoi ? Ce que j’écris, c’est seulement les 16 chapitres sur les 21 que compte le manga. Le reste n’a pas encore été traduit, mais une chose est claire : il est impossible de prévoir la suite, étant donné l’absurde montée en puissance de délire et de drogue contenu dans ce scénario. Chaque chapitre est l’occasion pour l’auteur de surpasser le précédent, de démultiplier l’intensité jusqu’au-boutiste de Gaku, d’exploser tous les compteurs de situations extrêmes, d’expliquer le plus sérieusement du monde pourquoi Gaku devient si overpowered avec des théories scientifiques fumeuses et leurs applications encore plus fumeuses, où chaque deus ex machina est une occasion pour l’auteur de placer une sous-théorie scientifique piqué dans les livres à disposition d’une salle d’attente de dentiste.

Et vous savez quoi ? C’est génial, on redemande la même came, la même escroquerie. Plus on lit, plus on a envie de savoir quel délire l’auteur va nous pondre pour rendre Gaku encore plus badass et rendre l’histoire encore plus pétée qu’elle ne l’est déjà.
Le manga devient au fur et à mesure un exercice de style où chaque développement doit être plus extraordinaire que le précédent. Et le meilleur, c’est qu’à 5 chapitres de la fin, l’auteur est en train de réussir ce pari.

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