[Tiger Mask W] Plongée dans le monde des idols underground avec les Nama Ham to Yaki Udon

Note préliminaire : neuf mois d’écart avec le précédent article. On progresse.

Tiger Mask W est la suite stand alone du Tiger Mask des années 70 et 80. Nous suivons le parcours d’un gentil et talentueux catcheur masqué luttant contre des adversaires maléfiques d’une organisation de catch encore plus maléfique. La nouvelle série fait son bonhomme de chemin avec une emphase sur le scénario, les personnages hauts en couleur et les combats de catch.
Mais l’épisode 6 marque une pause dans cette série au ton relativement sérieux dans un monde légèrement absurde : les Nama Ham to Yaki Udon. Pour comprendre cette coupure certes limitée à un seul épisode, il va falloir le résumer. Si vous n’avez pas vu l’épisode 6 mais que vous comptez regarder le bien cool Tiger Mask W, il serait préférable de vous arrêter là. Pour les autres, je peux vous assurer que la lecture de cet article sera productif.

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Tiger Mask, notre sauveur du beau jeu et du noble sport, est à Okinawa pour un énième tournoi de catch avec ses compères sympathiques mais proche de l’inutilité sportive. Ce tournoi voit la participation marketing d’un duo d’idol présenté comme la « nouvelle génération d’idols de Tokyo » : les Nama Ham to Yaki Udon, sorte de parodie d’idol que l’on traduit dans la langue de Stéphane Bern par « jambon cru et nouilles cuites ».
Malgré n’avoir aucune connaissance du catch, ces dernières sont chargées de chanter sur le ring une chanson de leur cru durant l’entracte du tournoi. De leur première apparition à l’écran jusqu’à leur arrivée sur le ring, Nama Ham et Yaki Udon (oui, c’est leur noms de scène) ne cessent de dénigrer le noble sport et de trash talk. S’en suit des discussions houleuses avec les spectateurs (surtout des spectatrices facilement #triggered) du tournoi puisqu’avant d’entrer dans l’arène, les Nama Ham to Yaki Udon ont volontairement twitté en substance que leurs venues est un boulot de merde pour un sport de merde. Le duo est même plutôt fier de cette franchise et ne cessent de se comporter ridiculement en troll professionnel des internet jusqu’à ce que le public leur jette des détritus. La situation est proche de l’émeute mais le catcheur méchant de la semaine intervient pour leur péter la gueule parce que… c’est un méchant catcheur et veut juste péter des gueules sans raison. Et aussi parce qu’il est arabe et fourbe – bravo les scénaristes.
Notre messie Tiger Mask entre en jeu et défonce le méchant de l’épisode. Fin du combat, Tiger Mask s’en va tel Batman à la fin du film The Dark Knight et dans le deus ex machina le plus illogique et irrationnel que j’ai vu depuis des mois, les Nama Ham to Yaki Udon peuvent chanter parce que le catch est un sport noble et que le public a totalement oublié les dix dernières minutes qui se sont passées. Après le mini concert et un public en délire devant la chanson la plus conne que j’ai entendu depuis des mois, les idols remercient Tiger Mask dans sa loge. Le catch c’est le bien, Tiger Mask prouve encore qu’il est Jésus, les Nama Ham to Yaki Udon sont finalement sympas. Fin de l’épisode, fin de la torture.

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À la lecture de ce résumé, vous pouvez croire que je n’ai pas aimé l’épisode. Vous avez raison, j’ai détesté cet épisode de long en large et je ne suis pas le seul. Cet épisode est l’unique (?) gros accident de parcours de cette série, un furoncle faisant office d’aparté de milieu d’anime où le cringe est omniprésent, le script pitoyable, la prestation des idols ridicule et leur acting vraiment pérave. Je pourrais en rajouter davantage tant cette aparté de série est si douloureuse.
MAIS, et c’est là où je vais vous étonner, je vais vous expliquer pourquoi cette première impression est absolument faussée, biaisée par une incompréhension commune à la très grande majorité des spectateurs de Tiger Mask W, et que cet épisode mérite finalement de faire partie des meilleurs et des plus mémorables de cet anime. Pour comprendre ce changement quasi-complet d’avis, il faut expliquer une chose essentielle : les fascinantes Nama Ham to Yaki Udon.

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Les Nama Ham to Yaki Udon sont en réalité de véritables idols et non pas une parodie d’idol, ou en tout cas du genre habituel. Les Nama-Udon, en version courte, est un duo actif depuis 2015 dans le milieu éphémère et libre des idols underground. Comme dans l’anime, le duo est composé de Nama Ham, de sa vraie identité Marine Nishii, et de Yaki Udon, Risa Higashi dans la réalité. C’est un groupe auto-produit, auteurs de leur propres chansons et prestations scéniques. J’appuie fortement l’expression « prestations scéniques » car elles se sont forgées une certaine réputation de duo comique et burlesque. C’est un duo d’idol qui chantent et font rire avec des sketchs absurdes entre les chansons. Elles ont un univers comique bien à elles, libre de tout sujet et parfois proche du rakugo. Leurs concerts sont littéralement des spectacles humoristiques avec un fil rouge, mêlant sketchs comiques très japonais et chansons aux paroles absurdes. Pour preuves, voici les titres de leur concert de mars 2016 :

01 Shinjuku wa Shinyou Dekinai! (新宿は信用できない!, I Can’t Trust Shinjuku)
02 Nyun Nyun (にゅんにゅん)
03 Tsui-tale (ツイテール)
04 Narcissist Shoukougun (ナルシスト症候群, Narcissist Syndrome)
05 Hyaku Percent (ひゃくぱーせんと, 100 Percent)
06 Unchi no Uta (うんちの歌, Poop Song)
07 Dappou Drug wa Yatteimasen (脱法ドラッグはやっていません, I’m Not Taking Drugs)
08 OTONA (大人, Grown-ups)
09 Cucumber
10 JK~James tte Kakkoii (JK~ジェームズってかっこいい~, James is Good-Looking)
E1 Kirakira Seiza Monogatari (キラキラ星座物語, Sparkling Star Story)
E2 Tamago Kake Gohan (たまごかけごはん, Raw Egg on Rice)

On pourrait dire que c’est du grand n’importe quoi, que les fans – appelés « gourmands » en référence au nom du duo – ont atteint le dernier palier de la déchéance humaine. Mais c’est se voiler la face devant la fraîcheur du concept, la fascinante personnalité de ces filles, la sincérité de ces artistes, l’efficacité des sketchs, l’addiction de leurs chansons, l’énergie communicative de ces idols et la proximité incroyable qu’elles ont avec le public. Ce ne sont pas des idols comme les autres qui chantent un peu et sont mignonnes la plupart du temps, ce sont des idols-comiques qui s’arrachent durant les live et ne cherchent pas à être mignonnes – même si elles ne le sont pas totalement à la base. Ce sont des idols qui sont auteurs de leurs textes, qui hésitent pas être franc-jeu, à aller vers le public pour déconner et partager leur passion avec eux jusqu’à faire des prestations dans la rue.
C’est véritablement quelque chose de frais, d’unique, qui n’a pu émerger seulement grâce au fascinant milieu des idols underground.

Il faut savoir que les idols underground ont tous un statut d’indépendantes, à peine soutenues par une toute petite équipe aux moyens financiers extrêmement limités. Elles ont toutes pour points communs de sortir des modèles standards des groupes soutenus par des gros labels de musique professionnels – AKB48 et Nogizaka46 pour ne citer qu’eux.
Le milieu underground des idols est éphémère par manque de financement, de couverture médiatique et de nouveautés constantes. Le milieu underground des idols est libre dans le sens où pour se démarquer de la concurrence professionnelle et indépendante, il y a une liberté totale d’expression et de prestation, une liberté de genre et de concept très inédit et rafraîchissant. Le milieu underground des idols est alors un gigantesque laboratoire de divertissement où les concepts les plus originaux peuvent émerger, libre du conservatisme des grands groupes de musiques et de la barrière entre artistes et fans – les idols underground n’ont aucun problème à fréquenter physiquement les fans, c’est même une qualité, et ces derniers sont généralement plus respectueux que ceux des grands groupes. C’est grâce à la liberté du milieu underground qu’un groupe comme les Momoiro Clover (Z) a pu naître – elles ont littéralement débuté dans la rue, dormaient dans un minibus en location durant leur première tournée et pendant leurs vacances scolaires parce qu’elles étaient trop pauvres. Même maintenant, elles restent l’un des seuls groupes d’idols à faire et réussir des chorégraphies de haute intensité pendant qu’elles chantent.

Et c’est ainsi que mon avis sur l’épisode 6 de Tiger Mask W a changé. Je continue de penser que cet épisode est mauvais, par son histoire un peu trop ridicule et surtout ses personnages antipathiques, mais il n’est plus douloureux et il en devient presque « préférable ». Il prouve que l’équipe derrière l’anime est suffisamment libre de faire ce qu’il veut, de faire ce qu’il aime même si l’acte est un contre-pied total avec le ton serious business de la série. Et c’est cette liberté qui est magnifique, cette preuve qu’un staff peut aller au bout de ses délires en faisant appel à des idols inconnues qui restent fidèles à leurs principes. Tout les éléments trollesques venant des Nama Ham to Yaki Udon dans l’anime est alors compréhensible et devient justifié – même leurs voix péraves sont justifiées puisque ce sont des voix naturelles et non pas des voix d’acting, de seiyūs à la voix travaillée. En tant que passionnés d’animes, c’est cette démarche que l’on veut voir : un staff capable d’aller au bout de ses délires et de s’amuser – et si possible bien exécuté ou pas trop private joke. C’est la même démarche qu’avec Kyōkai no Kanata, où le scénariste a avoué sur Twitter qu’il avait écrit le script de l’épisode 6 pour se détendre et que le reste du staff s’était tellement marré qu’ils sont allés jusqu’au bout du délire.

Par coïncidence, la liberté venant du monde underground des idols a permis cette liberté de délire dans un anime. La morale de l’épisode devient parodique, presque auto-critique : Tiger Mask W, c’est tout de même la série qui explique avec le plus grand sérieux du monde qu’une agence de catch est capable de contrôler la planète et qu’un catcheur japonais avec un masque de tigre est le seul rempart de l’humanité.
Alors finalement, dans cette situation, quoi de plus approprié que des filles s’appelant « jambon cru » et « nouilles cuites » ?

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EDIT : la suite de la série confirme l’utilisation des personnes existantes quitte à ce l’esprit de l’anime/de la franchise soit légèrement tordu.

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