[Girls und Panzer] Étude comparative d’un storyboard (partie 0)

Note préliminaire : ceci n’est que le prologue d’une série d’article sur les storyboards.

J’ai mis énormément de temps à me décider d’écrire sur cet anime. Non seulement il est ardu de parler d’une série aussi populaire après être passé par tout le monde, mais peu importe notre avis et notre qualité d’écriture, on arrive finalement à faire de la redite d’autres articles.
Ce que je vous propose donc, c’est une plongée dans une œuvre ambitieuse malgré elle et cela à partir d’une base technique. Une œuvre dont la production a été difficile, où le réalisateur a mis la barre tellement haute pour un staff sans talent extraordinaire et un planning quelconque qu’il détient la triste histoire de 2 épisodes récapitulatifs pour une série de 12 épisodes. Une œuvre sortie de nulle part et devenant en quelques mois une des plus grandes machines à pomper l’argent des otakus.

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Cette œuvre est évidemment Girls und Panzer, et je ne vous en parlerai pas seulement au travers du prisme de mon appréciation personnelle. J’analyserai brièvement cette série via cette base relativement objective qu’est le storyboard et en vous apprenant peut-être même quelques trivia techniques.
Pour les deux du fond, Girls und Panzer est un anime diffusé en 2012 et réalisé par le vétéran Tsutomu Mizushima (Hare+Guu, Joshiraku, Shirobako) au studio relativement inconnu ACTAS, avec au scénario et au script l’encore plus expérimentée Reiko Yoshida (K-ON, Tamako Love Story, A Silent Voice) et au conseil technique militaire Takaaki Suzuki (Last Exile, Strike Witches, Haifuri). Surprenant tout son petit monde, la série a été un carton et a donné suite en 2015 à un impressionnant film propulsé au rang de blockbuster et continuant d’être projeté au cinéma environ 1 an après sa sortie.

Cette série fait partie des quelques animes où ses storyboards sont disponibles à la vente. Je ne parle de ventes aux enchères de documents de designs qu’on peut trouver un peu sous le manteau sur Mandarake, mais d’ouvrages officiellement et spécifiquement produit pour la vente contenant uniquement des storyboards. Il existe trois volumes pour la série et pour l’instant aucun pour le film. Ils sont facilement trouvables sur Amazon Japan pour officiellement 2200¥ par volume et légèrement plus dans la pratique. Chaque volume contient les storyboards de 4 épisodes avec quelques suppléments d’importance variable, il ressemble à s’y méprendre à des dictionnaires avec en moyenne 680 pages sans aucune précisions ou informations pédagogiques. Le tout semble très aride, voire complètement imperméable pour un non-initié, et il faut savoir le lire ou le comparer avec le résultat final pour comprendre au mieux l’ouvrage.
Le volume 1 correspond aux épisodes 1 à 4, avec le générique d’ouverture et les OAV 1 et 2. Le volume 2 correspond aux épisodes 5 à 8, avec les onze différents génériques de fin et les OAV 3 et 4. Enfin, le volume 3 correspond aux épisodes 9 à 12, avec les OAV 5 et 6.

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Se procurer et étudier un storyboard est très instructif pour connaître la mise en scène prévue d’une œuvre. En effet, un anime se doit de respecter diverses étapes de fabrication avant d’être diffusé à la TV ou vendu directement dans le commerce. Très grossièrement, cela veut dire obligatoirement un scénario pour la trame scénaristique générale, un script pour chaque épisode, un storyboard qui fera le tri et mettra en scène le tout pour ces mêmes épisodes, des layouts pour confirmer la théorie (plans du storyboard) par la pratique en incluant l’ensemble des éléments de la scène (décors, éléments fixes de la scène, position de personnages, actions, dialogues, cadrage, mouvements de caméra) et des équipes de dessinateurs gérées par divers responsables – réalisateur, réalisateurs d’épisodes, directeur(s) de l’animation, chef décorateur, etc – pour produire le tout. Les modèles de storyboard varient mais elles ont toutes des éléments en commun indispensable à la mise en scène d’une œuvre.

Bref, après que les grandes lignes de l’histoire ont été tracées, que les dialogues et scènes ont été globalement agencés dans les épisodes – avec l’approbation du réalisateur –, la « prochaine » étape est celle du storyboard. Un storyboard est un guide simple (voire simpliste) de mise en scène. Elle met en scène les plans de chaque scène dans chaque épisode, l’ensemble des cadrages et effets de caméra de chaque plan, la longueur d’un plan et le timing pour passer à un autre, la position des personnages et leurs principales interactions visuelles et orales. Contrairement à un live action, le storyboard dans l’industrie de l’animation a un rôle beaucoup plus crucial : là où elle peut n’être qu’une aide à la visualisation d’une réalisation et à l’organisation d’une équipe de tournage, elle devient pratiquement l’indispensable bible de mise en scène et le principal moyen de réaliser une série pour un réalisateur d’anime. Un storyboardeur est alors l’équivalent d’un metteur en scène, tandis qu’un anime est le résultat d’une multitude de strates de personnes suivant des directives plus ou moins précises sans forcément avoir de vue d’ensemble. Un anime a donc un réalisateur chapeautant le tout, plusieurs « assistants » le secondant et gérant eux-mêmes plusieurs équipes aux compositions et aux tâches différentes selon les épisodes, tout cela pour gagner du temps sur la production. Un anime est donc un patchwork d’une multitude de personnes, et le principal moyen pour un réalisateur d’influer sur la mise en scène sans passer par des intermédiaires est le storyboard.

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Bien sûr, le gain de temps sur la production d’un anime s’opère aussi sur la production de storyboard. C’est ainsi que vous verrez régulièrement dans les crédits des réalisateurs d’épisodes à la création de storyboard d’épisodes auxquels ils ont la charge. Parfois même des staffs n’ayant d’autres tâches que de produire des storyboards. Ce que vous ne verrez pas dans les crédits, c’est l’action du réalisateur sur ces storyboards produits par d’autres : l’action du réalisateur est partout et absolue lorsqu’il souhaite agir. À part pour les storyboards qu’il a réalisé de A à Z, le réalisateur n’a pas besoin d’être crédité. Le réalisateur est tout en haut dans la hiérarchie, et s’il estime que le storyboard a besoin d’être modifié – pour correction ou juste mettre sa patte personnelle –, il le fera instantanément sans forcément avoir de compte à rendre à l’auteur du storyboard.
Mais outre connaître l’auteur d’un storyboard d’anime, il faut notamment savoir que ce sorte de guide de mise en scène dicte où l’animation s’arrête pour passer à une autre scène, à une autre séquence. Le tout est chronométré pour éviter qu’un épisode soit trop long et perturbe le programme TV ou tout simplement la production, ce qui signifie qu’un storyboard est primordial quant à la « planification » des scènes. Un mauvais storyboard peut handicaper une production, soit parce qu’il est incompréhensible et illogique, soit parce qu’il est trop difficile à faire dans le temps imparti ou à respecter pour les animateurs – même s’ils sont talentueux. Cela fait aussi partie du travail du réalisateur de savoir utiliser les ressources à sa disposition.

Après avoir précisé l’importance d’un storyboard et ce qui découle d’un réalisateur d’anime, passons enfin à l’étude comparative des storyboards de Girls und Panzer… dans le prochain article, car celui-ci est déjà long.

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